Louise (1900)

de Gustave Charpentier

Louise de Gustave Charpentier (1860-1956) est un « roman musical » en quatre actes et cinq tableaux. Il a été créé le 2 février 1900 sous la direction d’André Messager (1853-1929) à l’Opéra-Comique, lieu de création et de diffusion des opéras naturalistes en France. Louise de Gustave Charpentier porte en elle les thèmes naturalistes : les hommes et les femmes sont représentés dans leur quotidien dans des décors qui se veulent réalistes. A ce réalisme, Gustave Charpentier ajoute une dimension sociale et idéologique.

En 1900, nul n’imaginait que Louise rencontrerait un tel succès, qu’en 1956 l’Opéra-Comique s’apprêterait à célébrer la 1000e représentation et que l’œuvre serait reprise encore aujourd’hui.  
Jugé scandaleux par les questions sociales qu’il soulevait, le « roman musical » avait été refusé par les nombreux directeurs d’opéras et décrié par la critique musicale française.

Affiche de Louise par G. Rochegrosse

Louise, Affiche de Georges Rochegrosse
Imprimerie Chaix, Paris, 1900

  Louise, décor 1er et 4e acte

Louise, Décor des 1er et 4ème actes. Petit intérieur d'ouvrier à Montmartre.
Source : Bibliothèque nationale de France, département Arts du spectacle, 4-ICO THE-3106

 
Louise cahier

Louise, Livret paru dans Radio-Sélection

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Quel en est le sujet ? L’amour entre deux jeunes gens que tout oppose. Louise jeune couturière est issue d’une famille d’ouvrier, Julien poète mène une vie de bohème. L’action se passe au début du XXe siècle dans un milieu ouvrier à Montmartre, quartier que Gustave Charpentier affectionne. Un monde cosmopolite de chiffonniers, de grisettes, de marginaux, d’artistes s’y croisent. Pour chaque tableau des décors réalistes : intérieurs simples et familiers, chambre mansardée ou atelier de couture dans lesquels les personnages principaux évoluent.

Gustave Charpentier a choisi d’écrire le livret en prose et utilise différents registres de langue pour illustrer au mieux ces catégories sociales. Il replace le quotidien de ces hommes et femmes dans leur réalité, sans les idéaliser ni les romancer.

Louise a été retransmis sur les ondes de Radio-Paris dans l’émission radiophonique du mardi 8 janvier 1929 à 20h15. Les abonnés à la revue Radio-Sélection avaient reçu une semaine auparavant dans le numéro 126 daté du 29 décembre 1928, le livret de Louise adapté pour la radio.
Inséré dans la revue Radio-Sélection, il tient dans une douzaine de pages.
Gustave Charpentier n’avait conservé pour la radio de son « roman musical », que trois actes sur les quatre : les premier, troisième et quatrième.

Voici ce que le lecteur de la revue pouvait lire dans  Radio-Sélection sur la retransmission de Louise dans deux articles rédigés à dix ans d’intervalle en 1929 et 1939.

« La sélection de Louise a été donnée d’une façon parfaite, car nous avions estimé qu’il était préférable de donner en entier le premier et le quatrième acte qui est surtout scénique, et enfin dans le troisième nous avons dû supprimer une partie du chœur, parce que la musique trop puissante, déterminerait un bruit considérable dans le micro pour permettre une sensation telle qu’on l’avait au théâtre. L’orchestre quoique trop violent, a enfin réussi à modérer sa puissance et nous devons dire que la voix des chanteurs a été parfaitement entendue. Ils ont d’ailleurs montré tous, la parfaite connaissance de leur rôle et nous devons dire qu’ils ont tous chanté à la perfection.
La musique de Louise est vraiment une des plus belles de notre époque ; il est certain que c’est le dernier chef d’œuvre musical et chaque mesure de cet ouvrage a été étudiée avec un tel soin par Gustave Charpentier, qu’il nous paraît difficile de trouver à avoir quelque chose à redire à n’importe quelle partie de cet ouvrage. Mais il manquait à la transmission radiophonique la vision scénique qui, dans cet ouvrage, comporte un grand élément de succès.» Auteur inconnu

« Nos émissions antérieures », dans Radio-Sélection, n°128 du 12 janvier 1929


« Il n'est pour ainsi dire pas de pièce lyrique dont on ne puisse donner en une heure et demie ou deux heures toute la substance musicale et l'action intégrale.
J'insiste sur les deux points : substance musicale car tous les airs, tous les fragments de la partitions qui font le succès de l’œuvre, doivent être maintenus ; action intégrale, car aucune suppression ne doit empêcher de suivre l'action.
Cela a été souvent l'erreur de Radio-Paris de nous donner des opéras-comiques, des opérettes, dont le parlé avait été systématiquement coupé. Résultat : la pièce de théâtre se trouvait transformée en une succession de morceaux sans lien, ayant perdu dans cette coupable opération le plus clair de leur sens.
Quelques férus d'intégralité protesteront pour le principe, au nom des mânes des compositeurs, susceptibles de tressaillir dans leur tombe… Je les crois, quant à moi, assagis par le long séjour en un monde meilleur ; et s'il le fallait, j'apporterais contre les morts eux-mêmes, le témoignage d'un vivant : n'est-ce pas notre grand ami, le maître Gustave Charpentier, qui a lui-même réduit sa Louise en une heure bien nourrie d'action solide et de belle musique ?… » Aimé Guerrin

«Il faut donner en studio nos grandes œuvres lyriques», dans  Radio-Livret, n°24 du 11 mars 1939


Louise sera adapté au cinéma en 1939 par le cinéaste Abel Gance (1889-1981) avec dans le rôle de Louise, Grace Moore (1898-1947) une soprano américaine et dans celui de Julien, le ténor français Georges Thill (1897-1984) .