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« A peine sent-il un rapide souffle d’air sur la nuque. »

Joseph-Ignace Guillotin à la tribune de l’Assemblée constituante, le 1er décembre 1789.

L'affaire Buffet / Bontems

 

Couverture L'homme juste

En 1971, une tragédie a lieu à la prison de Clairvaux. Les détenus Roger Bontems et Claude Buffet prennent en otage deux membres du personnel, qui sont ensuite retrouvés morts. Les deux hommes sont condamnés à la peine capitale et exécutés le 28 novembre 1972 mais la sentence suscite le débat. Après l’exécution, Michel Foucault écrit : « Nous accusons la prison d'assassinat. »*.

Avocat de Roger Bontems, accusé de complicité mais pas de meurtre, Robert Badinter est témoin des exécutions. Cet événement traumatique, comparable à celui vécu par le jeune Hugo, est décisif dans le combat acharné qu’il va livrer contre la peine de mort.

 

*« Les deux morts de Pompidou », Le Nouvel Observateur n° 421 du 4 décembre 1972

« Claude », un prénom comme fil conducteur

 

Monsieur Claude, chef de la police de sûreté sous le Second Empire

Portrait de M. Claude par Jules Després. La République illustrée, 1880.

Lors de sa collaboration avec Robert Badinter, le compositeur Thierry Escaich était convaincu que l’œuvre porterait le titre de la nouvelle dont le livret était inspiré. Il témoigne pourtant que l’ancien garde des Sceaux souhaitait qu’on ne retienne qu’un prénom. La nouvelle de Victor Hugo était inspirée d’un personnage ayant réellement existé, Claude Gueux, et de faits réels. La coïncidence des prénoms n’a pu échapper à l’avocat des détenus de Clairvaux.

Ultime coïncidence, « Monsieur Claude » était le surnom donné à Antoine François Claude, chef du service de la Sûreté de la préfecture de police sous le Second Empire et symbole de la répression.

La loi pour l’abolition

 

Couverture livre L'Abolition

De nombreuses condamnations à mort ont été prononcées sous la Ve République. De 1958 à 1981, dix-neuf criminels de droit commun ont été guillotinés sur le sol français.*

Durant les années 1970, Robert Badinter devient l’une des figures incontournables du combat contre la peine capitale. Sa suppression figure parmi les 110 propositions du candidat François Mitterrand à l’élection présidentielle.  
Après un plaidoyer mémorable prononcé à l'Assemblée nationale, à rapprocher de celui de Simone Veil pour la légalisation de l’avortement, Robert Badinter fait adopter la loi abolissant la peine de mort le 18 septembre 1981.

L’année suivante, il porte la loi pour la dépénalisation de l’homosexualité. 
En tant que ministre de la justice, il contribue à des mesures visant l’amélioration des conditions de vie en milieu carcéral, avec notamment, la suppression des quartiers de haute-sécurité (QHS).

* Ce chiffre ne rend pas compte des exécutions décidées par les tribunaux militaires durant la guerre d’Algérie.

La peine de mort, un thème toujours présent dans la littérature

 

Couverture La Dernière Reine

© Editions Casterman S.A./Jean-Marc Rochette

Plus de 40 ans après son abolition, la peine de mort continue d’être interrogée par la littérature.

Elle est notamment évoquée dans le roman graphique publié en 2022 par Jean-Marc Rochette, La Dernière Reine, qui retrace le destin d’Édouard Roux, gueule cassée de la Première Guerre mondiale.

 

Avertissement relatif aux droits d’auteur  
La couverture et les illustrations de ce roman sont protégées par le droit d’auteur et ne peuvent être utilisées sans l’autorisation des Éditions Casterman S.A. Toute reproduction ou utilisation non autorisée est constitutive de contrefaçon et passible de poursuites pénales.

 

Planche p.229

© Editions Casterman S.A./Jean-Marc Rochette

Planche p.230

© Editions Casterman S.A./Jean-Marc Rochette

Surveiller et punir

 

Couverture Surveiller et punir

Si la peine de mort a été abolie en France, les réflexions sur l’enfermement et les conditions de détention demeurent pleinement actuelles. 

Le philosophe Michel Foucault s’est fortement engagé sur la question des prisons. Le 8 février 1971, il signe avec Jean-Marie Domenach et Pierre Vidal-Naquet le manifeste du Groupe d’information sur les prisons (GIP) qui a pour but de permettre la prise de parole des détenus et la mobilisation des intellectuels et professionnels : « Peu d'informations se publient sur les prisons ; c'est l'une des régions cachées de notre système social, l'une des cases noires de notre vie. Nous avons le droit de savoir, nous voulons savoir. C'est pourquoi, avec des magistrats, des avocats, des journalistes, des médecins, des psychologues, nous avons formé un Groupe d'Information sur les Prisons. ».

En 1975, il publie Surveiller et punir : naissance de la prison. Dans cet ouvrage majeur et résolument novateur, le philosophe analyse sous un angle historique les conditions de détention en Occident depuis la fin du XVIIIe siècle. Il décrit la rationalité du système pénitentiaire : « Le châtiment est passé d'un art des sensations insupportables à une économie des droits suspendus. »

Le système carcéral français, un triste état des lieux

 

La Ronde des prisonniers de Van Gogh

Vincent van Gogh, La Ronde des prisonniers, 1890. Moscou, Musée des Beaux-Arts Pouchkine

Le 1er mai 2026, 88 654 personnes étaient détenues dans les prisons françaises. Ce chiffre record marque une augmentation de près de 5 000 détenus en un an, pour seulement 750 places disponibles supplémentaires.

La densité carcérale était de 135,6 % en décembre 2025. Au mois de mai suivant, le taux de suroccupation globale atteint 140 %. La France figure parmi l’un des plus mauvais élèves de l’Europe en matière de densité carcérale, juste avant la Slovénie et Chypre, dont les populations carcérales sont toutefois bien inférieures.*

 

* Les informations et chiffres mentionnés sont extraits d’un article paru dans le journal Le Monde, le 30 mai 2026.