Premiers témoignages-2

#MemoireDeConfinement

 

Bartu Ozsoy, jeune élève violoniste de la classe d'Alexis Galpérine, a multiplié les initiatives solidaires pendant le confinement.

Il nous a envoyé plusieurs vidéos, notamment cette interprétation de l'Ave Maria de Schubert jouée par viosioconférence pour le 100ème anniversaire d'une résidente d'un EHPAD parisien.

 


 

 

Aux confins du confinement !

Gabriel Fauré composa "masques et bergamasques" en 1919, alors que la grippe espagnole sévissait encore dans le monde entier, causant les ravages que l'on connaît...
16 mars 2020, un siècle plus tard, les masques sont de retour !
Soyons honnêtes ! En cette fin d'hiver correspondant au milieu de la saison 2019/2020 du Conservatoire, cette épidémie entraînant un confinement total était pour moi une respiration pour échapper un temps à mes presque 4 heures de transport quotidiennes.
Si l'on excepte la première semaine de cet isolement forcé, que j'ai peu goûté du fait de maux de tête et d'une fatigue générale (j'apprendrai bien après que j'avais probablement été infecté), j'ai beaucoup profité des premières semaines m'attachant tout de même à 2 jours de télétravail afin de cataloguer les partitions que j'avais emmenées in extremis avant la claustration. l'autre partie de mon temps, bénéficiant d'autorisations spéciales d'absence, je pensais à mes collègues pour la plupart cloîtrés à la capitale. Néanmoins, la réorganisation rapide de la médiathèque Hector Berlioz, par le biais de groupes de télétravail et de réunions régulières à distance m'a permis de mettre à profit et d'optimiser mes connaissances des outils informatiques.
Hormis le port de ces fameux masques de protection, je savourais l'arrivée du printemps, dans ma campagne bellifontaine, où la nature si présente avait repris ses droits. L'ambiance feutrée me rappelait les rares jours de neige, lorsqu'aucun bruit n'émerge. Quelques exceptions tout de même, les chants d'un "catalogue d'oiseaux" ou "le réveil des oiseaux" que n'aurait pas renié O. Messiaen ! Des vols de bourdons qui inspirèrent N. Rimski-Korsakov, la quiétude des lacs des cygnes mise en musique par P.I. Tchaïkovski, le festin des araignées imaginé par A. Roussel. Un vrai "carnaval des animaux" popularisé par C. Saint-Saëns ! Mais nous sommes encore loin de pouvoir danser la "bergamasque" chère à Claude Debussy ! La distanciation sociale préconisée n'y aidera pas.
Même si les adaptations au télétravail ont prouvé leur efficacité, il faut souhaiter une rentrée 2020 au Conservatoire sereine pour avoir le plaisir de jouer, d'écouter, d'enseigner, d'exercer la musique et la danse.

 

 


 

Guilherme de Almeida et Louise Akili, élèves de la classe d'accompagnement danse (Debra Shannon et Franck Prévost) ont créé une vidéo-hommage à la danseuse et chorégraphe Martha Graham pendant le confinement.

 


 

 

16 mars, confinement déclaré. Hôpitaux saturés, soignants débordés, mortalité élevée, il faut se protéger, empêcher le virus de se propager. On doit rester chez soi. Pour sortir, il faut remplir une attestation de déplacement dérogatoire. Attention ! C'est obligatoire ; on peut être verbalisé.
Je vais faire du télétravail.
Mon ordinateur sera mon compagnon de toutes les heures. Sur mon écran s'affichent désormais de nouvelles icônes. Je crée un dossier Boulotconfinement.
Internet va régner en maître. Que ce soit en wi-fi ou par câble éthernet, il traversera le salon et sera le sésame qui ouvrira les portes du bureau.
Le réseau sera alternatif et à vitesse variable ce qui créera quelques tensions.
Travailler seul est une épreuve même si l'équipe reste présente et soudée. Sur Zoom je vois mes collègues en farandole de petites vignettes animées.
Finis les transports, les plages d'horaires figées, les documents déclassés, de l'air, de la souplesse !
Les bonjours, les mercis, les sourires, les échanges : questions/réponses, emprunts/retours, même les grognons me manquent.
Marre de l'informatique, de la bureautique, j'ai le mal du lien social.
L'essentiel de mon métier n'est pas de taper sur un clavier, c'est le service public.
Sans lecteurs, mes journées manquent de saveur.

 

 


 

Vincent Gailly, élève en 3ème cycle d'accordéon, a partagé une photo prise lors de son confinement à Bruxelles, le 5 avril au parc du Cinquantenaire. Il l'a intitulée : Pandémie de jonquilles.

Jonquilles

 


 

 

Lundi 16 mars 2020 : fuite des cerveaux à la médiathèque Hector Berlioz du CNSM : Tout le monde aux abris, c'est-à-dire chez lui, chez soi, at Home !
On se salue stressé et se dit « à plus »... expression déjà assez vague et floue en temps normal mais cette fois-ci encore plus ; Et pourtant ô combien prophétique et véridique à la fois : à ce jour (vendredi 29 mai), on ne sait toujours pas quand nous nous reverrons en chair et en os. Je parle de se voir « sans zoom », avec de vraies perspectives et profondeurs, sans visages soudainement figés ou bloqués sur « arrêt sur images » ; de s'entendre sans zoom (zoom et ouïe.. curieux mélange) et sans voix soudainement robotiques ou hachées.
Bref, comme tout le monde (à prendre ici au pied de la lettre : comme tout le Monde), nous sommes chez nous :
•    à télétravailler, ce qui revient principalement à axer sur le travail de fond, à travailler sans collègues, sans échanges directs, sans rencontres avec les collègues ou les étudiants, au gré du hasard, mais ce qui revient également à rester concentré et effica..... zuuuuuttt : j'allais oublier les enfants et leurs sollicitations !!!!! Bon on y arrive quand même et le travail avance. Heureusement Zoom, téléphone portable et mail existent 
•    à applaudir le soir des gens qui ne nous entendent sans doute pas mais tant pis 
•    à se battre avec les enfants (là encore...) pour savoir qui va utiliser l'ordi familial en premier et pour combien de temps
•    à se morfondre en plein milieu du catalogage « Mais pourquoi je ne vis pas en BZH dans une maison près de la mer?????? »
•    à aller sur le toit de l'immeuble prendre l'air avec un bouquin ou un café ou simplement flemmarder (oui oui il y aussi eu des week-end et des jours fériés pendant ce confinement)
•    à relancer dans l'énervement, pour la millionième fois, le wifi sur notre box tout en se disant qu'heureusement, ce confinement est arrivé au XXIe siècle, ère d'internet, de téléphone portable, de streaming, de culture à distance et pas fin XXe siècle, ère de quelques livres disponibles selon les lieux, de 3 chaines TV seulement, de quelques VHS à la bande distendue et abîmée à force de visionnage et de téléphone fixe avec facture à la consommation (si si ça existait!)
•    à vivre un « jour sans fin », mais cette fois sans journée de la marmotte. Autre différence par rapport au film : pas de neige ni de pluie, mais plutôt du grand beau et du beau soleil pendant plus de 2 mois à Paris...comme un pied de nez aux enfermés-cloisonnés-confinés que nous sommes ; Bon, à contrario, un confinement par temps gris et pluvieux, ça aurait été dur non ?
Tiens, je me rends compte que je termine par la météo. Bien que confinés et distanciés socialement, on dirait qu'un point météo s'impose toujours dans la conversation et que parler du temps qu'il fait est toujours important dans les relations sociales. Et si c'était ça qui nous avait le plus manqué ? :)